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🌬️Histoires et Récits : Entre Liberté Narrative et Évolution des Formes

Dans notre quotidien, nous sommes entourés de récits variés, allant des histoires aux anecdotes, des folles péripéties au trait émotif, tantôt poignant. Depuis que nous sommes bambinos jusqu’à nos vieux os, les récits - vrais ou fictifs - marquent notre manière de cogiter, de ressentir, et d'interagir socialement. Face à la montée du narratif stratégique que devient la liberté de la narration ? Quand les récits deviennent des outils d'influence, les belles histoires tourneraient-elles vilaines ?

👣 Le pouvoir des histoires

🤔 Les techniques du Narratif prendraient-elles le pas sur l’art de la narration ?

Pourtant, le nom commun « narratif » tend à gagner en popularité et à se généraliser dans l’espace public depuis deux décennies (voir l’encadré). Cette évolution s'explique par une reconnaissance croissante de l'importance de l'analyse narrative dans tous les domaines, de la pub à la politique, de la sociologie aux sciences de l’éducation. Les termes "narration" et "narratif", souvent interchangeables, sont en effet utilisés pour décrire la création et la compréhension d'une histoire. L’art de la "narration" suggère néanmoins une action partagée entre le narrateur et le public. Un romancier, par exemple, crée une structure narrative, façonne des personnages, construit un univers, organise et rythme l'intrigue. L'action partagée à la fin du processus de création s’opère à la réception de l’œuvre par le public. Le "narratif," plus ciblé, se concentre sur l'histoire elle-même, prise comme un élément technique indépendant, sans participation directe de la part du lecteur ou du spectateur qui la reçoit.

🤹 Quelles Conséquences sur la perception du public ?

Que révèle la substitution progressive du mot "narratif" à celui de "narration"? La "narration" offre une structure libre et se concentre sur l'histoire sans autre visée. Le "narratif" exprime une intention plus directe d'influencer ou de persuader : une utilisation stratégique de la narration embarque directement la tendance imaginative du récepteur humain, en fonction d’objectifs spécifiques, intentionnels et planifiés.

💥 Influences Contemporaines sur le récit, fin de l’histoire ?

Le patrimoine culturel compte des artistes talentueux. Au fil des siècles, des œuvres se sont tissées de mensonges habiles et espiègles, car les artistes transmettent des vérités. Ainsi, les arts donnent à l’imaginaire du spectateur une liberté inestimable. Depuis deux décennies, cette liberté semble connaître une transformation. L’emploi du "narratif" monte en puissance dans les bouches des intellectuels, des acteurs médiatiques et digitaux.

Les artistes cèderaient-ils progressivement leur ouvrage à des bribes de récits stratégiques et d’influence ? Une société qui viendrait à céder l’art de la narration à la technique narrative accepterait une histoire prédéterminée, valant presque démonstration logique. En l’espèce, quelle liberté serait laissée au public ?

Notre capacité innée à puiser dans les richesses d’une histoire, se heurte à l’inflation des procédés narratifs, qui transforment les récits en outils, dans un paysage où le narratif tend à dominer. Cette évolution des récits contemporains, appelle le public à préserver sa liberté intellectuelle et son imagination du foisonnement d’autres récits qui, par temps de crises de sens et de représentations, inculquent à la baguette croyances et opinions.

🧨 La tyrannie de l’histoire

Extrait de l’article de Christian Salmon sur AOC

Histoires et Récits : Entre Liberté Narrative et Évolution des Formes

Dans son livre le plus récent, Seduced by Story, Peter Brooks décrit le sentiment terrifiant d’avoir trop bien réussi [à essayer de faire comprendre aux lecteur le pouvoir du récit]. Lorsqu’il entendit George W. Bush en janvier 2001 faire l’éloge des « histoires qui expliquent vraiment ce que l’Amérique peut et doit être » et prononcer une dizaine de fois le mot story dans un discours de quelques minutes, Brooks eut le sentiment que Bush avait une compréhension du monde purement narrative « qui ne permettait pas de voir que vivre et raconter pouvaient être des choses différentes. » « C’était comme si un jeune que j’avais nourri était devenu un prédateur ». Le discours de Bush constituait « une prise de contrôle narrative de la réalité » et cette prise de contrôle allait se déployer pendant ses deux mandats sous l’influence de son conseiller Karl Rove et de sa « stratégie de Shéhérazade » qui allait conduire les États-Unis aux pires impasses militaires de son histoire en Afghanistan et en Irak. Entre G.W. Bush et D. Trump, le storytelling a poursuivi sa course folle jusqu’à atteindre ce point d’entropie qu’on a appelé la post-vérité. « Les mythes, écrit Terry Eagleton, dans sa critique du livre de Peter Brooks, sont des fictions qui ont oublié leur propre statut de fiction et se croient réelles.

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